Envers et contre tous.
Historiettes
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Peu de temps avant d’être contraint, la première fois, je me souviens de très peu de choses.
Je suis entré dans un bureau, sûrement avec un psychiatre.
Il m’a posé deux ou trois questions, puis s’est attardé sur ce que j’avais dit en me parlant du « Spleen ».
J’avais lu Baudelaire et je connaissais ce concept, il ne m'a fallut que pouvoir en discuter pour que je le trouves sympathique.
S’en sont suivies des larmes de détresse, avant qu’on me fasse signer un document que je n’ai même pas lu.
J’en aurais, de toute façon, été incapable au vu de l’état dans lequel je me trouvais.
Plus tard dans la journée, on m’a transporté en ambulance vers Albert-Cheneviers. J’y ai rencontré un autre psychiatre (?) qui, lui, était beaucoup moins causant.
Il s’est contenté de lire ce qu’avait rapporté le précédent, ainsi que le dossier constitué à mon sujet.
À partir de ce moment-là, tout devient flou.
Je crois qu’il m’a d’abord demandé de signer un document attestant de mon hospitalisation. J’ai refusé.
S’en est alors suivie une hausse de ton, voyant que la situation ne prenait pas la direction qu’il souhaitait et que je n’avais absolument aucune envie d’être hospitalisé.
C’est à ce moment-là qu’il m’a dit : « Vous ne comprenez pas, votre discernement est altéré », tout en se tournant vers ma mère.
De l’extérieur, ce n’est peut-être pas grand-chose.
Pourtant, j’ai immédiatement compris ce qui était en train de se passer : face à mon refus catégorique, il s’adressait à mon principal point de repère, ma mère, comme pour que ses propres mots puissent être repris par une personne en qui j’avais confiance.
Au-delà du fait que l’hospitalisation sans consentement me semblait alors inévitable, j’ai appris plusieurs choses ce jour-là.
Mon consentement n’était pas requis et l'hôpital gagne toujours.
J’ai aussi eu le sentiment que la psychiatrie pouvait s’appuyer sur les fragilités d’une personne pour parvenir à ses fins, jusqu’à mettre en jeu les relations de confiance au sein d’une même famille.
Ma première impression, en entrant dans ces bâtiments inconnus, a été celle d’un profond arrière-goût de trahison involontaire de la part de mes parents, l'idée qu'ils jouaient avec toutes les cartes en main et que la soumission était leurs mots d'ordres.
Suite au prochain épisode.